La_mort_de_L.-F._Celine.jpgDominique de Roux nous fait partager sa fascination pour Céline. Et ce dès 1966, soit cinq ans à peine après la mort du misanthrope. Ce qui n'est pas une gageure, pour un jeune homme de vingt-huit ans, qui nous offre un texte énorme, brillant et d'une densité rare. Comme les concessions. De Roux fonce dans le tas pour détruire l'îlot de bêtise entourant Céline. Pas à la hussarde mais à la Lagardère. C'est à la pointe de la plume qu'il défait les ignominies et et polit la statue de l'écrivain pour lequel son admiration semble sans limite ou presque.
Evacuons d'emblée les évidences : oui, Céline a écrit des monstruosités pendant la guerre. Oui, elles sont condamnables et le resteront, ad vitam aeternam.
Pourtant, Céline est aujourd'hui l'un des écrivains français les plus traduits, lus et admirés dans le monde. Les tâcherons du Komintern ont bien essayés, après la guerre de le supprimer -plus littérairement que physiquement. Céline a en effet disparu de la scène littéraire française : emprisonné qu'il était au Danemark, recroquevillé à Meudon, interdit de séjour à Saint-Germain des Prés. Mais ses livres renaîtront avant lui. Céline, repassant comme avant la guerre au-dessus de tout le monde, tel un fantôme hantant les nuits et les jours des médiocres à la morale de goulag. Parce que là est la réponse à toutes les questions : Céline est le meilleur, le plus grand des écrivains français du XXe siècle. L'écrivain n'existait plus au sortir de la guerre. Aujourd'hui, plus personne n'imagine le XXe siècle sans Céline. Le temps, si cher à Fernand Braudel a fait son oeuvre en éliminant sans pitié les médiocres. Mort, Céline? Au contraire.

La Mort de L.-F. Céline
Dominique de Roux
La Table Ronde
1966, Réed. 2007.
Éssai.