Les éditions Gaïa fêtent en 2013 leurs vingt années d'existence. Ce fut un pari fou que de se lancer dans la traduction et l'édition de romans scandinaves depuis le département des Landes a fortiori sous une couverture rose saumon! 

Suzanne JUUL, co-fondatrice des éditions Gaïa revient sur ces vingt années de péripéties éditoriales et leur avenir.



LALETTREDULIBRAIRE.COM: Quel bilan tirez-vous de ces vingt premières années?

Suzanne Juul: Vaste question ! Mais pour faire court : exister 20 ans après, c’est déjà très positif !

LALETTRE: Comment se lance-t-on -en pleine crise déjà !- dans la traduction, l’édition, la publication de romans scandinaves?
S.J.: On se lance sans trop réfléchir, en faisant abstraction de toute éventuelle notion de crise, on se lance parce qu’on a vraiment envie de faire connaître ces auteurs aux lecteurs français.

LALETTRE: Vous publiiez 100% de romans scandinaves à vos débuts. Quel pourcentage, aujourd’hui représentent-ils dans votre chiffre d'affaire?
S.J.: En fait, nous n’avions pas l’intention, au début, de ne publier que du nordique, et au cours des premières années, des auteurs nigérians, australiens, anglais, allemands, serbes et autres, ont également  trouvé leur place dans notre catalogue. Catalogue qui est toujours resté ouvert à plein d’autres pays, même si c’est vrai que nous avons rapidement été étiquetés « éditeur nordique », et que la littérature nordique représente aujourd’hui à peu près 70% de notre catalogue.

La littérature française a également pris une bonne place dans notre catalogue, et nous sommes fiers de pouvoir présenter aux lecteurs des vraies trouvailles parmi le grand nombre de manuscrits que nous recevons.

LALETTRE: Quels sont les changements les plus importants que vous ayez vécu avec les auteurs?
S.J.: La littérature française justement. Découvrir et réussir à faire découvrir aux lecteurs d’excellents romans qui nous font voyager dans le réel ou l’imaginaire, découvrir d’autres horizons.

LALETTRE: Quels sont les changements les plus importants que vous ayez vécu les diffuseurs/distributeurs?
S.J.: Depuis les premières publications en 1993 et jusqu’en 2004, nous avons été diffusés / distribués par Diff-Edit, et même si ce réseau représentait relativement peu de maisons faisant de la littérature générale comme nous, nous étions assez satisfaits des résultats. Diff-Edit devenu Volumen a été un très mauvais passage pour nous, mais à partir de juillet 2005, nous avons intégré l’ensemble Actes Sud et éditeurs associés et trouvé une diffusion bien adaptée à notre catalogue.

LALETTRE: Quels sont les changements les plus importants que vous ayez vécu avec les libraires?
S.J.: Je trouve que c’est plutôt de la constance que nous avons vécu avec les libraires, dans le sens positif du terme : quand nous avons publié les deux premiers livres en 1993, La vierge froide et autres racontars de Jørn Riel et Randall entre les autres de Sue Miller, l’accueil en librairie a été très positif, et c’était pour nous une grande satisfaction de voir que nos livres, sortis de notre premier petit bureau à la maison, se trouvaient côte à côte avec les livres des maisons d’édition établies et reconnues depuis longtemps. Les libraires ont donné toutes leurs chances à nos livres, et c’est encore le cas aujourd’hui.

LALETTRE: Rencontrez-vous des agents littéraires ? Si oui, qu’est-ce que cela change par rapport aux relations directes que vous avez avec les auteurs?

S.J.: Pour certains de nos auteurs nordiques nous travaillons avec des agents littéraires, de plus en plus nombreux dans les pays nordiques. Quand ce sont des agents très engagés, proches de leurs auteurs, on a avec eux le même type de rapport qu’avec les éditeurs : ce sont des gens qui représentent l’auteur, qui défendent ses intérêts, et qui ont suffisamment d’expérience et de connaissance pour cibler leurs propositions. Cela n’empêche en rien le fait d’établir une relation proche avec l’auteur. Nos auteurs étrangers viennent souvent en France, et c’est toujours un plaisir de les accueillir et de participer à des rencontres entre eux et leurs lecteurs. Tout comme avec nos auteurs français qui, eux, n’ont pas la barrière de la langue.

LALETTRE: Quel pourcentage le numérique représente-t-il dans votre chiffre d’affaire? 

S.J.: Environ 2% pour le moment.

LALETTRE: Comment envisagez-vous les vingt prochaines années?
S.J.: Nous sommes déjà déterminés à continuer les festivités d’anniversaire en 2014, en célébrant le début des 20 ans à venir ! Blague à part : on souhaite continuer à avancer comme un cargo avec son chargement précieux - les livres. On ne dérive pas dans tous les sens, notre vitesse est constante, et nous sommes toujours curieux d’aller vers de nouveaux horizons.

LALETTRE: Dernière question traditionnelle à la Lettre du libraire: quel livre conseilleriez-vous à nos lecteurs?

S.J.: Chaque livre de Gaïa est précieux pour nous, et faire des sélections, déterminer des « priorités », c’est comme demander à un parent de favoriser un de ses enfants au détriment des autres. Mais ce mois-ci, nous avons un nouveau-né que j’aimerais vraiment que personne ne loupe : Maurice et Mahmoud du Danois Flemming Jensen, un roman très drôle, et touchant à des sujets délicats comme les différences de cultures, la religion, l’amour et l’amitié.



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Propos recueillis le 18 avril 2013.

Crédit photo: © Mélania Avanzatp.