Jesus_Man__poche_.jpgL’Australie est un pays composé en partie de bagnards déportés par les Anglais à partir de la fin du XVIIIe et pendant la première moitié du XIXe siècle. Est-ce pour cela que la violence, physique et sexuelle notamment, est omniprésente dans la vie de leurs descendants de la fin du XXe siècle?

Car dans « Jesus man » les protagonistes masculins mais aussi féminins ne cessent de se masturber, de se servir de leur corps comme des terrains d’expérimentation ou encore de se frapper les uns les autres jusqu’au meurtre. Enfin, la religion, les racines plantées dans l’autre hémisphère, le racisme contres « les abos » ou « les nègres » sont autant de bombes quotidiennes à éviter pour vivre à peu près normalement.

Ainsi, Dominic, Tommy et Lou grandissent dans une famille d’immigrés grecs étouffés par une mère volcanique, ouvrière et fière de l’être, et un père sans illusions sur le passé, l’avenir et la famille. Les trois garçons ont une envie furieuse d’être des « Aussie » comme les autres et non pas des « métêques » (nom donnés aux immigrés méditerranéens).

Si l’aîné Dom y arrive et construit une vie banale avec sa femme Eva, Tommy le cadet est perdu dans sa tête et dans son corps et son licenciement le précipitera dans un gouffre de haine dont il ne pourra pas sortir. Lou le benjamin, essaie de s’intéresser à ses racines, en faisant un voyage en Grèce ou à la lutte contre le racisme en participant à des manifestations. Mais fondamentalement rien ne l’intéresse.

Antérieur de près de dix ans à La gifle (1), Jesus man (2) est un roman plus puissant car Tsiolkas n’essaie pas de sauver ses personnages de l’abîme, contrairement à La gifle. Ici, les corbeaux noirs qui suivent les personnages dans leurs malheurs ne sont que les oracles de leur mort, sociale, religieuse ou physique. les voix-off largement utilisées dans la gifle sont déjà présentes et sont là encore remplies de haine, de mépris et de racisme.
Christos Tsiolkas, le descendant australien d’Honoré de Balzac, écrit une nouvelle page de sa comédie humaine australienne. Prodigieux.

Jesus man
Christos Tsiolkas
10/18
Janvier 2014
456p,
Roman australien.


La gifle (2008 en Australie, 2011 en France chez Belfond).
Jesus man (1999 en Australie, 2012 en France).

Article publié le 7 janvier 2014.