Seraphin__c__est_la_fin_.gifUne claque littéraire n’a jamais fait de mal à personne. En effet lire Gabriel Matzneff, c’est subir l’épreuve de la liberté. Liberté de pensée, liberté d’écriture, liberté de jouir, liberté de croire. Autant dire affronter son opinion tranchée, ses amitiés sans concession et son mépris pour la vulgarité. C’est prendre de plein fouet sa lucidité sur l’état actuel de notre société.

En 1979 Gabriel Matzneff exécutait – déjà ! - la société bien-pensante et hypocrite de l’époque par cette phrase lapidaire : «Les civilisations les plus raffinées, les plus exquises, ayant toujours tenues le loisir pour le souverain, il est naturel que la nôtre, grossière et totalitaire se soit fait un dieu du travail. Le trait de génie est d’être parvenu à convaincre nos contemporains que ce qui les rend esclaves les rend libres. C’est l’imposture déguisée en vérité dogmatique et malheur à qui vend la mèche». Faut-il préciser que ce constat est toujours valable aujourd’hui ?

L’ancien élève des Langues Ô nous rappelle que «crise» vient que du Grec «jugement». Crise de l’amour, crise de l’intelligence, crise de la culture, crise de la société : «Les classes ouvrières sont conviées à célébrer les rîtes de la bourgeoisie». Il est le pourfendeur du nouvel ordre moral «des quakeresses et des pharisiens».

La bêtise est son désert, sa plume son bâton de pèlerin et ses textes ses évangiles. S’il existe une spiritualité littéraire, Gabriel Matzneff en est son berger, son inlassable prêcheur, son guide éclairé dans le désert du Paris des lettres et que ce soit aujourd’hui ou il y a cinquante ans. C’est sans doute pour cela qu’il cite souvent les Saints d’Orient ou d’Occident.

Gabriel Matzneff n’aime rien tant que d’être sincère. Avec lui-même d’abord, avec les autres ensuite. Pour le reste, une kyrielle d’ange (du beau sexe) veille sur lui, son corps, son esprit. Audacieux, intemporel et jouissif !

Séraphin, c’est la fin !
Gabriel Matzneff
La Table Ronde
Février 2013, 18€