Essais

Hélène et Paul Morand - Un couple sulfureux

Ils avaient tout pour eux : Hélène était belle, intelligente, polyglotte - elle parlait couramment sept langues - et immensément riche, Paul était brillant, écrivait et séduisait comme personne. David Bonneau dresse le portrait d'un couple fusionnel qui incarne la vitesse des Années Folles, une vie mondaine luxueuse, une passion commune pour la culture et la langue française et un antisémitisme virulent qui ne les quittera jamais.

Hélène (1879-1975) est encore princesse Soutzo lorsqu'elle rencontre Paul (1888-1976) en 1916 à Londres. Quatre ans plutôt, il a été reçu premier au concours des chancelleries, intègre le Quai d'Orsay, et s'éloigne prudemment des champs de bataille de la première guerre mondiale... Il préfère fréquenter assidument la bonne société londonienne. Leur rencontre et un coup de foudre de cœur, de corps comme d'esprit : ils se sont trouvés, ils ne se quitteront plus jamais, Paul a trouvé son alter-ego en littérature, elle a une "science littéraire" rare, elle a trouvé un homme qui lui ressemble et un talent à façonner.

Ils reçoivent le monde - roi et reine, diplomates, princes, Pairs de France, artistes, écrivains, peintre, ministres - dans l'hôtel particulier que Hélène fait construire au pied de la Tour Eiffel, avenue Charles Floquet (1). Leur carnet d'adresse est une copie du Bottin Mondain, le Duc de Windsor, le reine de Grèce, le roi de Roumanie, Marcel Proust, Cocteau, Coco Chanel, Giraudoux, Claudel, Valéry, Jünger, etc.. L'homme pressé et Hélène parcourent le monde en voiture de sport - Paul Morand en raffole - en avion pour parcourir le globe à moins que ce ne soit sur le yacht d'un ami milliardaire.

Alors que Hélène et Paul Morand sont farouchement anti-Allemand pendant la première guerre mondiale, ils deviennent franchement germanophile et acteurs de la collaboration avec le IIIe Reich. Ainsi, Paul Morand - alors qu'il est en poste à Londres (2) - fonce à Vichy, en épousant les pires discours et les pires bassesses de la collaboration. Pendant ce temps-là, Hélène reçoit le gratin de la collaboration avenue Charles Floquet : Drieux La Rochelle, Brasillach, Rebatet, Chardonne, etc. ou rejoint encore les "thés franco-allemands" de son amie Nina de Polignac. Enfin, lorsque Hélène fréquente les dîners de l'Ambassade d'Allemagne, elle est à la place d'honneur, à la droite de l'Ambassadeur Otto Abetz. Pour Paul, Paris fut pendant l'Occupation "un paradis" dans lequel lui et Hélène fréquentent l'opéra, les restaurants les mieux approvisionnés de la capitale. Ils ne reviendront jamais sur leurs discours de haine à l'égard des juifs, aucune renonciation. Ils feront même le pèlerinage de Sigmarigen et de Nurembourg en 1951....

Paul Morand n'aura alors que deux obsessions : devenir ambassadeur de France, ce qu'il deviendra en 1943 en Roumanie puis en Suisse à Berne (3), une destination où ils pourront se réfugier afin d'éviter l'épuration... la seconde, être élu à l'Académie française - il le sera en 1968 mais ne sera jamais reçu par le Président Charles de Gaulle. Quant à Hélène, qui a tout fait pour que Paul passe a la postérité - sa relecture des textes de Paul est redoutable - il le sera moins pour sa plume que pour sa collaboration sincère avec le IIIe Reich.

Hélène et Paul Morand - Un couple sulfureux est le portrait d'un homme et d'une femme qui ont brillé au firmament du monde avant d'être englouti par leur haine des juifs.

(1) La démesure de cet hôtel particulier fait toujours la une des journaux in le figaroimmo.
(2) Lire Journal de guerre. Londres - Paris - Vichy (1939-1943)
(3) Lire Journal de guerre. Roumanie, France, Suisse (1943-1945)

Hélène et Paul Morand - Un couple sulfureux
David Bonneau
Plon
2350p., 22€
Mars 2026

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