Ce livre est la démonstration implacable que le cancer est un business comme les autres. Les investisseurs de Wall Street adorent les "Blockbuster", ces médicaments qui génèrent plus de un milliard de dollars de CA par an. Attention, il n'est pas question de guérir le client - pardon le patient - mais de lui faire payer un traitement annuel particulièrement onéreux (pour lui) et particulièrement rentable (pour les labo pharmaceuthiques et les investisseurs). Démonstration dans cet essai, aux formes de thriller mais dans lequel tout est vrai, qui navigue entre le cynisme de Margin Call et celui de Wall Street.
Ça commence par une tragédie : celle de Demian Duggan, 26ans, qui meurt d'une tumeur au cerveau. Ensuite, c'est Dallas dans la Silicon Valley. Son père, Robert Duggan qui a réussi dans les affaires, sans diplômes, décide d'investir dans une société de biotechnologie : Pharmacyclic, pour trouver le traitement qui soignera la maladie dont est mort son fils. Il n'y connait rien mais avec des dollars et de l'intuition, il fonce. Et Pharmacyclics développe un traitement qui arrive à bloquer un mécanisme important dans le développement de la cellule cancéreuse. Le cours de l'action monte et les Loups de Wall Street arrivent en meute...
Qu'y-a-t-il de surprenant à cela ? Au pays du capitalisme roi, faire du business sur le cancer n'est pas hypocrite : on est aux USA ! Les investisseurs appliquent aux sociétés de biotechnologies les mêmes méthodes d'investissement que pour la production de corn flakes ou de voitures. Nathan Vardi ne cache rien de la toute puissance des investisseurs - ils ont le pognon, les actions, le pouvoir, donc ce sont eux qui décident.
Parmi les participants à ce business, il y a les chercheurs, les investisseurs, les traders, les loups de Wall Street qui veulent tous que le médicament fonctionne. C'est la démonstration du journaliste financier Nathan Vardi, les médicaments sont des produits comme les autres, plus compliqués à mettre au point que du jus d'orange, pour lesquels il faut investir des sommes importantes - en études, ressources humaines, tests, analyses, présentation devant les actionnaires et la FDA, la mise sur le marché (boursier), ventes des actions (sur le marché) - mais attention, le marché est mondial, le jackpot est à dix chiffres.
Attention, les bénéfices pour les patients aussi sont réels car ce traitement, développé par Pharmacyclic et utilisé aujourd'hui dans de nombreux pays dont la France, a sauvé des dizaines de milliers de vie. Grâce à un traitement à vie. Le patient ne meurt pas et peut vivre (presque) normalement et les actionnaires ont des dividendes qui tombent tous les ans. Car lorsque vous vendez un traitement annuel à 160 000$ par patient, il serait dommage que le client - pardon, le patient - arrête de le prendre.
Transformer le sang en or, comment Wall Street a fait du cancer un business
Nathan Vardi
Les Arènes
352p., 23.50€
19 février 2026
