Littérature française

C'était ça ou mourir

RENTRÉE 2026 C’était ça ou mourir raconte l'exil forcé d’un professeur qui fuit son quartier natal de Carrefour-Feuilles à Haïti et traverse les Amériques vers le Canada. Ce roman connaît déjà un succès monstre à l’international et est en cours de traduction dans plus d’une vingtaine de langues. Thélyson Orélien ne devait venir qu'une seule fois en France, au mois de juin, pour présenter son roman devant les commerciaux Grasset, les libraires et quelques journalistes. Mais l'engouement fut tel, qu'il est revenu dans l'Hexagone en septembre (à la Grande Librairie par ex.). Et cet engouement ne faiblit pas, bien au contraire. En France, le livre s’est faufilé dans les premières listes du prix Goncourt, du prix Medicis, du prix Femina, du prix Décembre, du Prix du roman FNAC, ainsi que de la Bourse de la découverte de la Fondation Prince Pierre de Monaco. Ce texte puissant comparé à Petit de Pays de Gael Faye (Grasset) - à la différence que chez Faye, on a peur des morts alors que chez Orélien on a peur des vivants - est porté par une langue renversante d'autant plus poétique que la tragédie est proche.

Quitter un pays qui ne veut plus de vous avec un faux visa, à pieds, en tongs, sans chaussette, en bus, en bateau, en marchant dans la forêt, en train, c'est toute l'âme d'Haïti qui s'évanouit avec Jonas Dorléon, avec honte, résignation et peur. Thélyson Orélien peint le désespoir de tous les migrants de la planète avec des couleurs vives, l'espoir au fond d'un sac Carrefour et fait de la vie d'un migrant le voyage de toute une vie, de tous les hommes, de Haïti à Saint-Domingue, en passant par le Brésil, le Pérou et le Panama, le Mexique et enfin monter en train depuis Austin (Texas) en passant par Roxham, pour demander l'asile au Canada. Mais le Canada, c'est aussi l'attente, le froid, les convocations administratives, les réponse et enfin devenir, redevenir soi - Jonas Dorléon - professeur d'Histoire-Géographie.

D'un bus antique au Darièn - une forêt sinistre d'Amérique Centrale, humide, sordide, dangereuse dans laquelle on entre à 43 personnes et dont est certain de ne pas ressortir à 43 - de l'immigration numérique à la frontière US - le vrai monstre s'appelle CBP One - en passant par l'immigration canadienne, Thélyson Orélien décrit l'attente partout, la peur partout, la haine et l'indifférence des autochtones partout, ces peuples craints partout, enfin, la vie, l'amour le respect nulle part.

Après Louis-Philippe Dalembert, Kamel Daoud, Boualem Sansal, Dima Abdallah (entre autres), et une fois de plus, la littérature francophone nous donne, avec Thélyson Orélien, un talent hors normes à lire aux français. La question n'est pas de savoir s'il sera récompensé par un prix littéraire, la question est de savoir lequel. Le Grand prix de l'Académie française lui irait bien.

C'était ça ou mourir
Thélyson Orélien
Grasset
272p., 21,50€
19 août 2026

Sur le même thème :
On pense à Une fille dans la jungle Delphine Coulin (Grasset, 2017)
On pense à Mer Méditerranée de Louis-Philippe Dalembert (Sabine Wespieser, 2019)

Haut de page