La_peur.gifParmi les centaines de publications sur la Grande Guerre qui inondent les librairies en vue du 11 novembre prochain - 90e commémoration de la fin de la guerre oblige - se trouve un témoignage de grande valeur.

Gabriel Chevallier fait partie de ces centaines de milliers d'hommes qui ont répondu à la mobilisation et qui s'est demandé pendant toute la guerre pourquoi il y était allé. Il est parti en souhaitant que ça ne durerait pas trop longtemps et qu'il en reviendrait : la guerre durera quatre ans et fera environ neuf millions de morts. La France aura 1,5 millions de tués laissant trois millions de veuves et six millions d'orphelins. Chevallier, lui, est resté en vie et surtout il est resté un humain pendant ces quatre années au front.

[De décembre 1914 à novembre 1918, Chevallier a mis son corps à disposition de l'armée, pas son cerveau. Son cerveau, il l'a mis à la disposition de la petite histoire, celle de tous les jours. Il a creusé des tranchées interminables dans la boue, le gel et l'eau croupie, enjambant des montagnes de cadavres ou de mutilés et s'interroge sur la responsabilité de chacun. La responsabilité des chefs au Grand Quartier Général, qui se trouve loin derrière les lignes et non pas à la tête de leurs troupes comme au temps de Napoléon. Il constate la lâcheté des petits gradés ivres de leur pouvoir qui envoient leurs hommes à une mort certaine tout en restant planqués à l'arrière. Enfin, l'arrière, ce grand inconnu qui ne veut pas trop savoir ce qui se passe sur le front et dans les boyaux inondés de vermines et de cadavres. Cet arrière qui fait du commerce et des profits, de l'idéologie et de la propagande qui dit à qui veut l'entendre que l'esprit français va écraser le barbare teuton.

Le soldat Chevallier devient malgré lui un pro de la survie. La peur est son moteur. Plus elle est grande, plus ses sens sont aux aguets, chaque pore de sa peau à l'écoute d'un souffle d'obus, du sifflement des mitrailleuses. L'oreille et le corps reconnaissent un obus de 75 du début de la guerre des obus de 320 de la fin de la guerre. L'ouïe perçoit le moteur des avions ennemis qui repèrent les lignes. Vivre sous les bombes, au fond des tranchées ou des sapes en tremblant pendant des heures, l'estomac serré à ne plus rien avaler de liquide ou de solide pendant plusieurs jours d’affilée.

Malmené lors de sa parution en 1930, on lira aujourd'hui La peur avec le confort des années passées et le respect dû à un homme qui ne fut jamais envahi par la haine.

La peur
Gabriel Chevallier
Lgf, octobre 2010.

Vous pourrez poursuivre avec ...

Laurent Gaudé Cris Actes Sud.
Louis-Ferdinand Céline Voyage au bout de la nuit Folio.
Pierre Miquel Les poilus Perrin, tempus .
Marc Dugain La Chambre des Officiers Pocket.


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