Monsieur_le_commandant.jpgRENTRÉE 2011 Chaque année sont publiés des centaines voire des milliers de livres sur la collaboration, l’exode, la déportation ou la Libération. La trahison des élites par contre a, certes, été évoquée dès 1927 par Julien Benda dans son livre « La trahison des clercs » (1) mais peu par la suite. Un livre prémonitoire sur l’abandon de la France aux mains de Pétain par le Parlement, pourtant à gauche, par les médecins - l’Ordre a été fondé par Vichy - par les magistrats etc.

Dans Monsieur le commandant, cette trahison est démontrée, révélée sous la plume de Paul-Jean Husson. Homme fin, cultivé, écrivain reconnu et académicien français. Il écrit son attachement sincère à la nouvelle Europe hitlérienne ou la France trouvera toute sa place, sans les Juifs, les francs-maçons, les métèques et bien sûr les communistes. Car une nouvelle civilisation ne se fait pas sans séparer le bon grain de l’ivraie. Paul-Jean Husson est convaincu qu’il faut nettoyer la France.

C’est pourquoi il écrit cette lettre au commandant de la kommandantur de sa petite ville d’Andigny pour lui dire son admiration tant dans le projet que dans la méthode hitlérienne. Il trouve l’idée des pays à l’Est réservés aux Juifs vraiment excellente, alors qu'il est fou amoureux d'une magnifique jeune femme juive...

La clarté, la fluidité et l’élégance du style nous font lire des passages ou la haine dégouline et pourtant notre regard ne s’arrête pas. Au contraire il poursuit sa lecture sans s’arrêter. C’est l’une des forces de Slocombe, il nous emmène au plus proche de l’horreur comme on emmène une jeune fille au bal avec élégance et discrétion. Une élégance démoniaque. Oui, Romain Slocombe a le diable dans sa plume car son personnage représente la respectabilité, la réussite littéraire et en même temps l’abandon total des valeurs humanistes et des idéaux des Lumières c’est-à-dire d’une certaine idée de la France.

Autant dire que Romain Slocombe a réussi le tour de force d’écrire un livre magnifique avec un salaud comme personnage, un sujet dégoûtant et une fin terrible. Mesdames, Messieurs les jurés : Le Goncourt !


Monsieur le commandant
Romain Slocombe
Éd. NiL, août 2011.
Roman.

(1) La trahison des clercs
Julien Benda
Rééd. chez Grasset coll. «Les Cahiers rouges», Paris, 1990.

Article publié le 28 septembre 2011.

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