MISIA_Reinedeparis.jpgOn dit depuis des siècles que derrière un grand homme, il y a toujours une femme. Misia fut derrière des dizaines d’artistes, des poètes, des musiciens, des compositeurs, des peintres, des écrivains…

Admirée de Franz Liszt pour ses talents de pianiste, aimée passionnément par Vuillard pour qui elle posa souvent sauf dans son lit, aimée de Fauré, dont elle fut l’élève à Paris, mais qui aurait pleuré en apprenant son mariage avec Thadée Natanson, le directeur de la Revue Blanche, elle aura connu Verlaine et Apollinaire, Toulouse-Lautrec, Renoir, Vuillard, Cocteau Diaghilev, Ravel, Chanel et tant d’autres qui lui doivent beaucoup voire tout de leurs carrières.

Misia_robe_noire.jpg Comment Misia a–t-elle pu dominer, voire façonner, le Tout–Paris artistique de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle sans avoir l’arbre généalogique de Marie-Laure de Noailles ni être une demi-mondaine opportuniste à la Odette de Crécy ? D’ailleurs, Marcel Proust ne la voyait pas ainsi mais comme moitié princesse russe –Misia est née Saint-Petersbourg en 1872- et moitié madame Verdurin… Elle fut la reine de Paris.

Misia avait un talent inné pour découvrir les vrais artistes et surtout les faire naître. Quitte à les brutaliser, les faire pleurer, les rejeter pour mieux tirer le meilleur de chacun. Un talent aussi pour réunir des artistes fait pour s’entendre et donner le meilleur d’eux-mêmes moins pour leurs œuvres que pour ne pas décevoir la reine de Paris. Elle fut surnommée aussi la mère tue-tout par Satie ou bien La seule femme de génie que j’ai rencontrée par Gabrielle Chanel avant de l’exécuter dans ses mémoires écrites à quatre mains avec Paul Morand il est vrai, pour tenir la plume. Paul Morand lui-même la définit ainsi Misia boudeuse, artificieuse, géniale dans la perfidie, raffinée dans la cruauté (…). Elle excitait le génie comme certains rois savent fabriquer des vainqueurs, rien que par la vibration de son être (1). Les avis sur elle sont tranchés, sans pitiés ou admiratif. Elle ne laissa personne indifférent.

Cependant, à la mort de Misia en 1950, Gabrielle Chanel confectionna sa toilette mortuaire, l’habilla et la maquilla avant qu’elle ne soit inhumée au cimetière de Samoreau près de Valvins. Modeste hommage de la couturière à celle qui l'introduisit dans son cercle et dont elle fut l'amie de 1917 à sa mort. Aujourd'hui; Chanel est connue dans le monde entier. Cet ouvrage et cette exposition (2) réparent une injustice faite à une femme de grand talent qui fit toujours passer celui des autres avant le sien.

Misia, Reine de Paris
Guy Cogeval et Isabelle Cahn (sous la direction de)
Gallimard/Musée d’Orsay (Coédition)
160p. 130 Illustrations, 35 euros.

(1) Paul Morand Venise éd. Gallimard, 1971, rée.D Coll. L’Imaginaire (2007)
(2) Paris Musée d’Orsay du 12 juin au 9 septembre 2012-06-2012
Le Cannet Musée Bonnard, du13 octobre au 6 janvier 2013.

Crédits Photos:
Couverture du livre :
Félix Vallotton (1865-1925)
Misia à sa coiffeuse
1898
Détrempe sur carton
H. 36 ; L. 29 cm
Paris, musée d'Orsay
acquis avec la participation de la Fondation Meyer, 2004
© RMN (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Photo 1:
Anonyme
Misia Natanson en robe noire, 1896-1897
Contretype d’une photographie argentique, 17,4 x 23,8 cm
Collection particulière
© Archives Vuillard, Paris