Robert GoolrickRobert Goolrick nous reçoit dans les locaux de sa maison d'édition française - Anne Carrière - pour nous offrir les clés de son nouveau roman Arrive un vagabond à paraître le 23 août prochain. Après le magnifique Féroces (éd. Anne Carrière) il construit une tragédie grecque dans une communauté américaine en 1948 en Virginie.

Lalettredulibraire.com: Tant dans Féroces que dans Arrive un vagabond vous faites porter aux enfants d’écrasantes responsabilités. Pourquoi ?
Robert Goolrick: Je suis fasciné par l’enfance. Ma propre enfance a été très dramatique et je pense que l’enfance est l’endroit le moment le plus dangereux d’une vie et que personne n’en réchappe sans une cicatrice. Les enfants savent tant de choses et peuvent dire si peu de choses. C’est un très gros fardeau porter et particulièrement dans Arrive un vagabond. Pour le narrateur c’est garder le secret.

Lalettre: Un homme bon, un homme mauvais, une femme fatale, une communauté indifférente. Avez-vous voulu écrire un western ?
R.G.: Non, pas un western, mais je suis fasciné par la triangulation. Dans Féroces, le père, la mère et l’enfant. Dans Arrive un vagabond, un homme, une femme un enfant – Charlie, Silvan et Sam. Les personnages restent cependant les mêmes. Dans chaque cas le secret qui est gardé par l’enfant, est différent. Dans Arrive un vagabond, c’est vraiment un roman du Sud. Mais pas un western.

Lalettre: C’est plutôt une tragédie grecque ?
R.G.: C’est ce que Stephen Carrière disait. C’est comme une tragédie grecque car une fois que la première mèche est allumée, il n’y aura aucune façon de l’éteindre et la destinée des personnages ne sera pas arrêtée, ils ne pourront y échapper. À la fin de Arrive un vagabond il ne reste que Sam pour raconter cette histoire. Je n’ai jamais écrit un personnage qui est vraiment moi. Ce serait ce Sam. Je suis Sam.

Lalettre: Regrettez-vous votre enfance ?
R.G.: Mon enfance m’a causé énormément de tristesse, de douleur et en même temps elle m’a offert un magnifique cadeau. Je pense que ceux qui ont eu des vies dramatiques sont comme un aimant pour les histoires des autres. Et je suis ici, ma fonction est de raconter. Donc je ne regrette pas mon enfance même si la souffrance est toujours très présente.

Lalettre: L’injustice, le whisky et la religion sont-ils les principaux piliers sur lesquelles reposent l’Amérique ?
R.G.: (rires) Dans Arrive un vagabond c’est vrai. Mais, ce n’est pas vrai de l’Amérique aujourd’hui. C’est pourquoi mon histoire se déroule en 1948. C’était vrai aussi pour mon enfance. Injustice dans la façon dont les Blancs traitaient les Noirs. Je pense que pendant mon enfance, les adultes étaient, en effet, imprégnés d’alcool et de religion. Cependant, ces choses disparaissent peu à peu. Mais à cause de ce qui s‘est passé pendant mon enfance, je reste un prisonnier de mon enfance. Et tout ce que j’écrit l’est du point de vue d’un enfant qui a été blessé.

Lalettre: Est-ce que la façon dont décrivez les relations entre Blancs et Noirs était la moins mauvaise façon de vivre à cette époque la ségrégation ?
R.G.: Quand j’étais enfant, le conflit n’était pas encore exprimé. Dans Arrive un vagabond c’est l’époque ou va commencer le conflit entre Blancs et Noirs. Monsieur Shadwell, le prédicateur noir, est le pionnier qui prédit le conflit qui va commencer. Il parle à sa congrégation de liberté. Et pour arriver à cette liberté, il faut un clash. Et ce combat arrive. Si comme moi, vous étiez né dans le Sud des Etats-Unis, et aviez vécu dans les années cinquante vous auriez vécu toute votre vie avec la culpabilité. La culpabilité dont les Noirs ont été traités par les Blancs car vous étiez complice.
D’une certaine façon, dans ce roman, c’est ma façon de prétendre à une sorte de d’acquittement pour mes propres péchés et ma propre culpabilité. Je ne voulais pas traiter les Noirs comme des stéréotypes ou des clichés mais de les voir comme j’avais été incapable de les voir lorsque j’étais enfant, c’est-à-dire comme de vrais gens avec de vraies douleurs et de vrais sentiments.

GOOLRICK_TESTS.indd Lalettre: Est-ce une histoire vraie ?
R.G: Oui. C’est une histoire vraie qui s’est déroulée dans une petite île grecque. Ce qui renforce l’idée d’une tragédie ? Je connaissais l’homme qui était Sam. Quand je l’ai rencontré, il avait grandit. Il m’a raconté cette histoire une fois il y a vingt-cinq ans de cela et je ne l’ai jamais oublié. Il y avait quelque chose à propos de cette histoire qui était si obsédante et si mystérieuse que cela m’a pris vingt ans pour comprendre ce qui est arrivé au petit garçon. Le plus important est ce qui et arrivé à l’enfant.

Lalettre: Pourquoi dédicacez-vous ce livre à Stephen Carrière (le directeur des éditions Anne Carrière) « mon père véritable » ?
R.G.: Parce que Stephen Carrière a foi en moi en tant qu’écrivain et m’a donné confiance en moi en tant qu’écrivain que je n’avais pas auparavant. Auparavant, je n’ai eu un vrai père. Pour moi, le père était toujours cruel, injuste et représentait le Mal et Stephen est le bon père.

Lalettre: Dernière question traditionnelle à la lettredulibraire.com. Quel livre conseilleriez-vous à nos lecteurs ?
R.G.: Les grands romans de Faulkner pour comprendre le Sud des Etats-Unis comme personne ne l’a jamais fait avant lui « et pour la beauté pure de l’écriture » (2).

Arrive un vagabond
Robert Goolrick
Anne Carrière
23 août 2012
318p.

(1) Stephen Carrière est présent et assure la traduction. Il est très gêné par les compliments de Robert Goolrick.
(2) Robert Goolrick prononce ces derniers mots en français.

Interview réalisée le 1er juin 2012
Remerciements : Robert Goolrick, Stephen Carrière, Anne-Sophie Naudin. Crédit photo: Bruno Charoy.

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