La_derniere_image_une_traversee_du_Kosovo_de_l_apres-guerre.jpgLa dernière image est une bande dessinée difficile. Elle confronte le lecteur à ses pulsions de voyeur qui lui font regarder 24h/24 des images d’atrocités – assassinats, viols, décapitations, meurtres de masse, fosses communes, nettoyage ethnique – tout en mangeant un hamburger et en sirotant un soda (sans sucre, c’est moins mauvais pour la ligne dit la pub entre deux attentats terroristes). C’est dire si l’ambition de Gani Jakupi est immense devant l’inertie du public – car il s’agit bien de spectacle pour le téléspectateur – en s’envolant pour le Kosovo.

Un journal espagnol lui a offert l’aller-retour en échange de l’exclusivité de son reportage et de ses retrouvailles avec ses parents qu’il n’a pas revu depuis qu’il a quitté son pays. L’aller ressemble déjà à la complexité des Balkans. Décollage de Barcelone pour Frankfort, Salonique, Macédoine, Skopje et enfin le Kosovo en taxi…

Au-delà des retrouvailles familiales, Gani Jakupi tente de trouver la dernière image « celle qui vaincra la résistance du public blasé qui a tout vu et ne s’émerveille ni ne s’émeut plus de grand-chose ». Il écoute et prend en photo chaque communauté lui racontant les atrocités qu’elle a subie. C’est toujours pire que chez le voisin « ma maison a brulée » « c’est rien dit l’autre, la mienne a brulé avec mes parents dedans ». Du sang humain sur les murs ou des membres d’humains au frigo ? L’escalade est sans fin… Un photographe peut-il hiérarchiser l’horreur ? Les journalistes doivent-ils tout montrer ? Tout raconter ?

La couleur ocre ou sable selon les bulles masque un peu l‘horreur et la gravité du sujet. Le sang, le feu, le nettoyage ethnique… Mais si vous voulez une bande dessinée divertissante lisez plutôt Lanfeust …

La dernière image une traversée du Kosovo de l’après-guerre
Gani Jakupi
Soleil éditions
Coll. Noctambule
Mai 2012,
66p.17, 95€.

Article publié le 9 juillet 2012.

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