ou_va_l__Amerique_.jpgRENTRÉE 2012 Gilles Biassette est le spécialiste des Etats-Unis pour le quotidien la Croix depuis 2001. Son texte Où va l’Amérique est rafraichissant, synthétique, efficace et non dénué d’humour. Néanmoins, son portrait est sans concession. Les Américains ont gardé leur mentalité de cow-boys et de fermiers, et cette mentalité n’est efficace que lorsque l’Amérique déborde d’énergie et surtout de travail.

Problème, l’Amérique se vide de ses emplois. En effet, Si Apple fait la une pour sa capitalisation record à Wall Street, ses produits ne sont pas fabriqués aux USA mais en Chine. Si l’industrie automobile fait la une des journaux, c’est moins pour ses chiffres de ventes que pour sa survie due à l’intervention de l’État et à la nationalisation de GM. La honte au pays du libéralisme absolu…. Enfin, le recours à des fonds publics pour sauver les banques, sous Georges W. Bush d’abord puis sous Barack Obama a mis les Américains en colère. Washington veut bien sauver Wall street mais Main street peut crever…

La crise qui dure, les Américains n’ont pas l’habitude. Leur énergie légendaire les fait rebondir quasi instantanément. Sauf depuis la crise de 2008 – appelée la Grande Récession – le rebond ne vient pas, pire la situation s’aggrave. Il n’y a jamais autant de chômeurs, de sans abri. La crise est autant financière que moral. Pire, les Américains doutent d’eux-même.

Le Tea Party, la droite de la droite du parti républicain, en profite et prône le règne du chacun pour soi, la suppression du gouvernement qui, selon eux, n’est qu’une nébuleuse inutile et rapace. Rares sont ceux qui veulent payer la couverture sociale des autres, tout ce qui peut se rapprocher d’une quelconque solidarité nationale est considéré au mieux comme du socialisme au pire comme du communisme.

Mais le pire pour les Américains, est ce sentiment de déclassement mondial provoqué d’une part par la crise mais surtout par les BRICS. Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, ces pays à la croissance insolente. Le siècle américain va-t-il bientôt laisser sa place au siècle chinois ?

Les Etats-Unis sont-ils passés de la barbarie à la décadence sans passer par la civilisation (1) comme l’aurait déclaré Albert Einstein? À cette provocation du physicien né à Ulm, Gilles Biassette répond les Etats-Unis ont une capacité hors-norme, celle de libérer les énergies – les bonnes comme les mauvaises. Quand l’Europe, elle, privilégie une voie moyenne, d’énergie contenue (...) Aux Etats-Unis, depuis leurs origines, le pire et le meilleur cohabitent - la décadence ET la civilisation. Le KKK et Martin Luther King, la bêtise hollywoodienne et Martin Scorsese… A certaines époques, le pôle "plus" l’emporte… A d’autres, c'est le "moins" qui gagne … Finalement, pour revenir à Einstein, on pourrait dire que les Etats-Unis sont une vaste centrale atomique : ils produisent une énergie incroyable... mais cette énergie s’échappe parfois dans une bien mauvaise direction…(2).

L’auteur nous fait partager avec clarté et talent son sens aigüe de l'observation d'un peuple qui nous fascine depuis bientôt trois siècles. Un ouvrage indispensable pour suivre les élections américaines du 6 novembre prochain.

Où va l’Amérique?
De Wall Street à Main Street, la peur du déclin
Gilles Biassette
Baker Street
231p. 19€
6 septembre 2012

(1) in «La déesse des petites victoires », Yannick Grannec (éd. Anne Carrière, août 2012)
(2) Entretien avec l'auteur le 17 septembre 2012.

Article publié le 17 septembre 2012.
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