Anima.jpgRENTRÉE 2012 Un curieux roman que cet Anima. Un horriblement beau roman. Une grande réussite : la polyphonie rend la prose très poétique et très détachée. Comme un Nouveau Roman réussi. Ce sont en effet les animaux (d’où le titre, dans une certaine mesure) qui assurent les rôles de narrateur.
Sans doute pour permettre de mettre des mots sur ce qui n’est pas exprimable, la douleur, la monstruosité, la bestialité, l’humanité : la femme de Wahhch Debch, Léonie, enceinte de quelques mois, est sauvagement assassinée. Wahhch découvre son corps dans le salon de leur maison. Commence alors un roman un peu noir, un road movie surtout qui va emmener Wahhch dans la quête de son identité. Du déjà lu chez Wajdi Mouawad, que ce soit le récit de cette monstruosité aberrante dont l’humain est capable, ou la recherche de l’origine. Une obsession, ou un impératif pour l’auteur.
Le roman dans une écriture plus apaisée et moins âpre que la langue habituelle de son théâtre, emmène le lecteur dans une odyssée chamanique, à la frontière entre les Etats-Unis et le Canada. Wahhch y rencontre Mason-Dixon Line, son double, son âme animale, son totem qui prend en charge la troisième partie du roman. La dernière partie, peut-être moins nécessaire, est racontée par le coroner qui a suivi l’enquête.
Il est très surprenant, par ailleurs de voir avec quelle facilité les points de vue et les langues se mélangent dans une fluidité originelle : langue française, anglaise, arabe, animal, humain, canadien, libanais, américain, l’universalité de la condition (animale?) humaine paraît alors d’autant plus évidente. Un roman au delà des clivages, en quelque sorte, au delà des mots et des noms.
Il y a certainement des longueurs, et le lecteur a parfois du mal à adhérer totalement à toutes les péripéties que subit le héros, parce que certaines restent l’expression personnelle d’une quête de l’auteur. Malgré l’universalité de l’horreur exprimée, et malgré la réelle beauté de l’écriture, certains épisodes n’apportent peut-être pas grand chose à un lecteur français qui n’a pas l’arrière–plan culturel nord-américain.
Mais, c’est avec Anima, que l’évolution du travail de Wajdi Mouawad est la plus criante. Nettement plus accessible que ses autres œuvres, il fait preuve d’une maturité dans l’écriture et dans la forme romanesque qui laisse ouvert un champ romanesque illimité.

Anima
Wajdi Mouawad
Actes Sud-Léméac
Septembre 2012
23,00€, 400 pages

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