Laisser_les_cendres_s_envoler_.jpg« J’étais devant la tombe de ma mère inconnue » est la dernière phrase de ce roman-mémoire de jeune fille dérangée.

Les châteaux, les tableaux, un nom, un blason, ne remplaceront jamais l’amour d’une mère pour sa fille, ni ne combleront l’absence d’une mère pour sa fille. Le désert, le Sahara, le néant sidéral de sentiment dans lequel Nathalie Rheims a été élevée est plus grand que toutes les salles de bal du monde.

En grandissant, c’est l’indifférence de sa mère et de tous les autres qui l’étouffera, l’abîmera, la privera presque de tous ses sentiments au risque de se perdre. En effet « Personne dans cette famille n’aurait osé s’aventurer dans le monde réel pour me retrouver ». Ambiance chez les Rothschild…

« Pauvre petite fille riche » serait un résumé simpliste et cruel. Certes, elle a grandit dans un château aux pièces plus grandes les unes que les autres, ou les cuisines et les nombreux domestiques rappellent « Downtown Abbey », ou les bals donnés par sa mère étaient couru par le Tout-Paris, ou les diamants des alliances, les rubis des boutons de manchettes, les colliers de perles bleutées font oublier qu’il y a une vie normale au-delà des murs, en dessous du nom de cette dynastie de banquiers insubmersibles aux soubresauts du monde les plus violents.

Dans un style ou la colère gronde à chaque page – celui de la paix n’est pas encore venu, loin s’en faut – il permet à Nathalie Rheims d’exprimer sans respirer ses mots, ses sentiments. Sinon elle les ravale, les garde pour elle, s’en sert contre elle. Pour se détruire. « Les mots étaient incapables d’éponger mon instinct de vengeance ». Haine, Amour, Rage, une avalanche de sentiments noirs, sombres contre la mère, l’Autre, la Famille, la vie, la mort. Nathalie Rheims n’a pas fini de régler ses comptes avec son passé et sa famille mais l’écueil le plus douloureux – la mère - est enfin abordé.

Laisser les cendres s’envoler
Nathalie Rheims
Léo Scheer éditions
254p. 19€
22 août 2012.

Article publié le 4 novembre 2012.