rosa_piece-obscure_V2.inddRENTRÉE 2016 La pièce obscure rassemble tous les fantasmes humains. Une pièce tellement sombre que c'est à tâton que l'on y rencontre les autres pour s'envoyer en l'air. Le samedi soir, tout le monde vient. Tout ceux qui étaient là le jour de la panne. L'obscurité, l'opportunité, le silence enfin la libération des sens, des idées, des corps et des libertés. Mais la pièce obscure renferme aussi les peurs de chacun.

Comme en photographie, la pièce obscure révèle les traits, les défauts et les trahisons de tous les hommes. C'est un peu le mythe de la caverne revisité. "La pièce obscure" est une superbe parabole sur les quarante dernières années - en Espagne, en l'occurence - mais que l'on pourrait allègrement transposer en France où en Italie, au Portugal où en Grande-Bretagne.

La sérénité des années 70, leur enthousiasme, leur sensualité et bien sur la liberté de leur sexualité. ensuite, la dégradation lente des conditions de vie, de travail, la misère de plus en plus grande des familles, les jeunes qui reviennent vivre chez leurs parents faute de boulot ou d'allocations sociales.

Une seule certitude au début : la pièce leur permet de se retrouver pour le plaisir. Une seule certitude à la fin, elle est le réceptacle de toutes leurs peurs, de toutes leurs défaites, de toutes leurs compromissions. La société a été détruite au profit de quelques-uns. Pas d'eux. Eux, ils ont découvert le chômage, les dettes, les petits boulots et la colère. Ils pensaient que seule la pièce obscure leur resterait mais même elle, on leur a pris.

Ce roman éblouissant d'intelligence, dans sa construction et dans sa narration, raconte avec une précision glaciale la destruction méthodique des sociétés européennes depuis quarante ans.

La pièce obscure
Isaac Rosa
traduit de l'espagnol par Jean-Marie Saint-Lu
Christian Bourgois
288 pages, 19€
Septembre 2016


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