Les Bleus étaient verts.jpg RENTRÉE 2020 En 1961, Charles de Gaulle est président de la République, Roger Frey Ministre de l'Intérieur, Pierre Messmer Ministre de la Défense, les Trente Glorieuses tournent à plein régime, le chômage n'existe pas, le paquebot France rejoignait New York en cinq jours, la Caravelle fait la gloire de l'aéronautique française et Brigitte Bardot ensorcelle la moitié mâle de la planète. Seul "bémol" à ce bonheur d'après-guerre, les "évènements". Les trois départements d'Algérie (Oran, Alger et Constantine) veulent leur indépendance et la Métropole envoie des bataillon de jeunes recrues de plus en plus nombreux pour rétablir l'ordre. Comme ça ne se passe pas très bien, on en parle peu voire pas dans les journaux et la télévision. Alain Jaspard fait la chronique d'un peuple trop fière de lui pour accepter la défaite et un autre trop faible pour embrasser la démocratie.

Les Bleus étaient verts est le voyage - dans le temps - d'un bleu de 20ans, tout juste sorti de sa campagne, pour aller au fin fond de l'Algérie. Mais la guerre et les sentiments ne font pas bon ménage. Max, jeune stéphanois promis à une jolie blonde tombe amoureux d'une berbère de quinze ans et abandonne Monika à sa sténo chez Manufrance. Alain Jaspard joue habilement des retours en arrière - le roman se déroule entre 1961 et 2016 - pour montrer que rien ne fut blanc et noir, d'un côté comme de l'autre. Les Bleus étaient verts est le portrait d'une génération d'hommes à qui on a demandé de ne pas raconter ses "exploits" en Algérie alors que les repas du dimanche étaient plein des histoires de la guerre 39-45. Les Bleus étaient verts est, enfin, le roman d'une France qui n'existe plus. La guerre est gagnée mais les Accords d'Évian sont signés : la France se retire d'Algérie qui devient aussitôt une dictature socialiste. Aucune nostalgie chez Alain Jaspard et ses personnages, un sentiment de vies gâchées que Les Bleus étaient verts exprime admirablement.

Les Bleus étaient verts
Alain Jaspard
Héloïse d'Ormesson
206p. 17€
Août 2020


Du même auteur : Pleurer des rivières (éd. Héloïse d'Ormesson, 2018)